Ma plume

Quand les vagues m’entraînent…

Bonjour graines de livre,

Je tenais à faire un petit aparté sur l’illustration que vous voyez en en-tête. C’est Julie Aubry qui a prêté son crayon pour développer ce dessin. Mais ce n’est pas la seule chose dont je voulais vous parler avant de vous laisser avec le texte… Je l’ai réalisé dans le cadre d’un concours, je devais choisir entre diverses images, et celle-ci que j’ai choisie pour réaliser ma nouvelle… Elle m’a inspiré dès le début. Et la thématique de l’eau est pour moi une bénédiction !

Le texte :

Terminer les interminables leçons de mathématiques, de Français, de géographie et les morales. Les adultes s’attardent sur la politique et l’argent alors que, pour moi, le monde devrait voguer sur le rêve et l’imagination. Un vieil homme m’attendait sous le porche devant sa vieille Aston Martin. Légèrement barbus, les yeux marrons, une posture droite, un costume bleu marine et un sourire bienveillant. Mon grand-père. Je suis montée après l’avoir longuement étreint et celui-ci m’a tendu un sac en papier dans lequel résidait un délicieux chausson aux pommes : mon goûter favori. Un beau ballon rouge se tenait au plafond. Le symbole d’une légèreté que je chéris depuis mes plus petites années.

– Je l’ai trouvé sur la grande place, une vieille dame avec une petite charrette. Elle te plairait, m’avait-il expliqué.

Il avait décidé de m’emmener dans l’aquarium que j’appréciais tant visiter. Le pas de mon univers franchi, des étoiles se mirent à briller dans mes yeux d’aigue-marine. Les bassins étaient tous autant triste et lugubre les uns que les autres. Mais cela m’importait peu. Seules ces créatures divines des abysses avaient toutes mon attention. Soudain, une main se posa sur mon épaule et le visage ridé de mon grand-père m’apparut. Il me demanda alors : 

– Dis-moi, Blanche, pourquoi aimes-tu autant cet endroit ?

Son ton doux m’enveloppa, mais je ne sus pas quoi répondre. Il esquissa un sourire conciliant puis repartit pour se poster devant un banc de poissons multicolores. Je restais debout un moment-là avec mes pensées quand l’envie me frappa. L’envie de plonger dans un océan bleu comme la couleur de mes yeux. Nager aux côtés des dauphins d’argent, contempler les poissons aux couleurs les plus clairs jusqu’à celle des ténèbres, caresser les étoiles de mer, et regarder longuement les coraux danser sous le reflet du soleil. Admirer les mille et un coquillage ballotté par les courants. J’effleurerais le sable blanc et ses habitants. J’apprécierais même la vue des oursins qui malgré les vagues violentes s’accrocheraient à leur rocher. Un monde qui avait été enlevé aux animaux devant moi.

La main posée sur la vitre froide, je regardais les poissons sillonner les eaux troubles du bassin. Mes paupières se fermèrent et je me laissai entraîner par le cliquetis des vagues. Le temps s’était arrêté et les rayons du soleil enlaçaient mon visage. Mes cheveux voletaient dans la brise matinale. Je me tenais à la surface de cette eau que j’aimais tant. Je sentais le chatouillis dans mes jambes que me procurait le passage des poissons. Je n’attendais qu’une seule chose : l’impatience de plonger dans ce monde cristallin. Ce fut sans plus attendre, que je me retrouvai au sein de cette civilisation marine. Des bateaux échoués paraissaient vieillis par les années, les barrières de corail ne demandaient qu’à être découvertes, mais avec une certaine hésitation pour ne pas me couper, être tranché par la vie réelle qui repris ses droits dans mon esprit. Mais plus forte que cette réalité, je vis apparaître devant moi, les vestiges d’une nation, qui reposaient dans les abysses de ces eaux limpides. L’Atlantide.

La vie prospère qui sommeillait sur ces ruines, autrefois traverser par les Atlantes, ne se mesurait plus qu’à quelques mollusques ainsi que poissons qui y avaient élu logis, des algues par milliers et le tout parsemé de rayon de soleil. Je me suis fait rappeler à la légèreté de ce ballon, comme l’apesanteur que je ressens dans ces lieux. Et un doux courant chaud traversa mes entrailles. Je sentis le besoin de retourner sur terre, auprès de mon grand-père. Celui qui avait eu l’immense gentillesse de prendre ce ballon rouge sur la place, de converser avec cette vieille dame et de m’offrir ce succulent petit gâteau aux pommes. Je savais que l’homme qui regardait le banc de poissons multicolores était l’une des grandes raisons qui me pousse à rejoindre ma terre natale. Pour me blottir contre lui et sentir son doux parfum de printemps. Je m’accrochai au ballon de baudruche, puis me laissai emporter par la brise de l’océan. Mon esprit retrouva son corps et mes yeux se posèrent sur cette main, contre la paroi de verre. Je la détachai, et regardai le personnage en costume bleu marine devant moi.

Ce fut seulement ce moment que je pus répondre à la question. Je me tournai vers lui et lui dit :


– J’aime cet endroit parce que j’aime les animaux qui y vivent. J’aimerais pouvoir les libérer et les protéger. Que ceux-ci s’épanouissent dans un monde qui leur appartient. Alors, si je peux mettre ma goutte d’eau dans l’océan, se serait sans hésitation.

Les mots s’étaient échappés d’eux même, je scrutai les traits de mon grand-père tandis qu’un air convaincu et suffisant se dessina sur son visage. Ce fut quand il se remit en route qu’il me lança :

– Alors nous allons faire que cette goutte arrive à bon port.

Un grand sourire complice se fit sur nos deux visages et je partis à sa suite.

Fin

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